Éducation en côte d’ivoire: les femmes ont aussi le droit d’aller à l’école

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Crédit photo : Tyck via Iwaria.com
Crédit photo : Tyck via Iwaria.com

En Afrique, l’éducation scolaire des filles a toujours été mise en second plan, par rapport à celui des garçons le taux d’alphabétisation chez les filles reste très bas. Les statistiques en la matière sont légions et démontrent clairement que peu de jeunes filles ont accès à l’éducation.

La responsabilité de la famille

La société, phallocratique, a axé son développement en grosse partie sur les hommes et a ignoré le rôle prépondérant que pourrait jouer la femme. On lui a reconnu le droit aux tâches ménagères, au mariage et à l’enfantement, et résultat des courses : sur des générations, on a toujours du mal à supporter de voir une femme dans des postes de haut rang habituellement occupé par les hommes. Lorsqu’une femme est indépendante et s’affirme par son intellectualisme, elle fait peur aux hommes.
Premièrement, la responsabilité de cet échec revient à nos familles. Je pense que chaque parent, en mettant un enfant au monde, espère avoir un retour sur investissement en finançant les études de son enfant. Ce qui veut dire qu’en réalité, on fait des enfants parce qu’on veut faire d’eux des sources de revenus, pour servir ses propres intérêts au lieu de le faire parce que cela fait partie des droits que l’enfant acquiert à sa naissance. En réalité, on devrait plutôt privilégier « l’intérêt supérieur de l’enfant » comme le proposent les instruments juridiques de protection relatifs aux enfants. On ne met pas l’enfant à l’école pour soi, mais pour l’enfant lui-même, pour les bénéfices qu’il en tirera lui-même avant d’en tirer une quelconque conséquence à l’égard de ses géniteurs.

Conséquences de l’analphabétisme

Il y a une femme dans ma famille, une femme très battante, éduquée à l’ancienne, au temps de mes grands-parents et en milieu rural. En milieu rural, s’est toujours posé le problème de l’intérêt de mettre une femme à l’école. Malheureusement pour ma tante, son père a décidé de ne pas la mettre à l’école et la fondre dans le moule de la femme africaine qui ne va pas à l’école, au foyer avec beaucoup d’enfants.

In fine ma tante est aujourd’hui âgée d’une cinquantaine d’années sans savoir lire ni écrire.

Elle est spécialisée dans la médecine traditionnelle, et on ne peut comptabiliser la kyrielle de patients qui défilent à son cabinet. Ce qui est extraordinaire, c’est qu’elle a la maîtrise de son métier. Quand vous l’entendez en consultation, vous croiriez entendre là un docteur en médecine, elle utilise des termes médicaux et justes. Elle aurait fait un bon médecin si elle était allée à l’école.

En dehors de cet aspect relevé plus haut, le fait de n’avoir pas été à l’école la rend dépendante des autres à presque tous les niveaux. Elle doit être assistée, des actes les plus compliqués (procédures administratives, bancaires…) aux plus simples comme composer un numéro sur son téléphone ou même relever un numéro. Cette dépendance n’est pas sans gêne pour elle, car à chaque étape elle est obligée de se rabaisser et de s’excuser tout le temps pour avoir de l’aide alors même que c’est une grande dame.

Je note combien cela peut être humiliant et dérangeant pour elle. Au moment où j’écris ce billet, je vous assure qu’en plus d’écrire mon billet, je suis aussi occupé à lui expliquer toutes les choses, un peu comme l’instructeur d’un enfant à l’école primaire. Rien n’est facile avec elle, il faut tout le temps expliquer et détailler. Son agenda en main, depuis ce matin, je suis de corvée téléphone : on doit appeler tous ses patients, parents et amis. Malgré le fait qu’elle ne sache pas lire, elle a mis des repères dans son agenda pour lui permettre de reconnaître l’endroit où sont placés des numéros de certains particuliers.

Une fois écrit par le titulaire du numéro, elle hachure d’une manière différente à chaque fois sur le côté du numéro, ainsi elle réussit à se retrouver dans la multitude de numéros qui remplit son agenda. Cette ingéniosité ne suffit malheureusement pas, il faut aussi lire pour s’assurer que c’est le numéro de la bonne personne. En pensant à leurs propres intérêts, les parents ont empêché ce « médecin » d’éclore. Elle n’est pas devenue finalement cette femme de foyer que ses parents voulaient, mais une femme qui vit seule sans enfant sans savoir lire et écrire.

Le manque de volonté de la jeune fille elle-même de changer les choses.

Notre vie actuelle peut être le résultat de plusieurs mauvais faits souvent indépendants de notre volonté, néanmoins l’on a toujours l’occasion de rectifier le tir. Car comme pouvait lui expliquer un grand orateur, Mohamed Sanogo, il y a des UV (unités de valeur) de la vie qu’on est obligé de rattraper tôt ou tard. Il faut en avoir la volonté. La volonté de sortir de l’obscurantisme intellectuelle, la volonté de faire bouger les lignes.

À l’époque, j’encourageais une jeune fille d’une vingtaine d’années qui avait décidé de rattraper le temps perdu en s’inscrivant dans une école primaire et au fil des années elle progressait pour se voir atteindre le niveau du lycée. De la simple servante qu’elle était, elle est devenue une personne instruite au niveau lycée rien que par la volonté et les cours du soir. Cette opportunité de faire les cours du soir est une initiative de l’UNESCO, qu’on appelle communément cours UNESCO. Ce projet a permis d’instruire de nombreuses personnes notamment plusieurs jeunes filles exerçantes de petits métiers et sans instructions, d’atteindre des niveaux universitaires, accéder à des concours administratifs et occupé des potes important.

Lorsque j’étais en mission dans l’extrême ouest de la Côte d’Ivoire, dans le département de Toulepleu, j’avais noté dans tous les villages que les jeunes filles stagnaient après avoir quitté l’école soit pour des questions de moyens financiers soit pour des grossesses précoces. Elles s’étaient arrêtées en chemin aussi, attendant gracieusement un époux volontaire, désireux pour épouser une fille sans ambition et illettrée. Plusieurs filles là-bas se retrouvaient sans repère et modèle de réussite. La fatalité leur a fait accepter une vie limitée au lieu d’une vie d’indépendance, d’autonomie, de liberté. Elles étaient jeunes, mais n’avaient pas la volonté réelle de faire de longues études.

S’il est vrai que l’État fait ce qu’il peut pour combler ce manque criard de jeunes filles à l’école notamment en rendant obligatoire l’éducation pour tous les enfants, je reste convaincu que chacun peut à son niveau impulser le changement en famille, au village, dans la « société africaine ».

J’ai plusieurs fois réfléchi à la meilleure stratégie pour insuffler un changement de mentalité à ces jeunes filles et j’avoue que je reste toujours dans la réflexion même s’il est vrai que des pistes de solutions sont en train d’être explorées : des séances de coaching et de motivation avec des modèles féminins, je reste ouvert à vos propositions.

Dès lors si vous avez expérimenté des stratégies qui ont bien marché, n’hésitez pas à les partager avec nous en commentant/partageant l’article de sorte à favoriser et à encourager davantage la scolarisation des jeunes filles avec cette rentrée scolaire 2019-2020 qui a déjà débuté.

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