En Côte d’Ivoire, le témoignage de Salimata, mariée de force et violée

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Du 1er janvier  2012  et  le  31 décembre 2015 ce sont 1 129 cas  de viol affectant 1 146 victimes et dont 66 % des victimes sont des enfants à  travers tout le territoire  de  la  Côte d’Ivoire. Nombreuses sont les victimes de viol ou abus sexuels qui se cachent sans avoir le courage de parler du drame qu’elles ont vécu. 

Brisant tous les tabous, Salimata décide de parler de ce qu’elle a vécu lors d’une conférence à l’Institut Français. Salimata est une grande dame, imposante par sa forme et sa taille, habillée d’un boubou vert avec quelques broderies sur les côtés. Sur son visage l’intimidation, on peut lire de l’intimidation face au grand public. Elle plante le décor en avouant dès le début qu’elle ne comprenait pas bien le français et qu’elle n’était jamais allée à l’école. L’atmosphère se détend. Le public applaudit pour l’encourager.

Salimata est une commerçante ivoirienne, mère de 5 enfants et 4 petits fils. Derrière son allure de grande dame, se cache un lourd passé. En effet, alors qu’elle n’avait que 13 ans, elle fut donnée en mariage à un vieil imam, le chef religieux des musulmans de 60 ans sans qu’elle puisse y consentir. Dans ce mariage forcé, Salimata est chaque jour objet de viol et si elle s’y oppose, elle est alors violentée. Elle vécut comme cela jusqu’à ce qu’elle connut la maternité. À 20 ans, elle avait déjà 5 enfants.

Démuni, son mari était dans l’incapacité de la prendre en charge ainsi que leurs cinq enfants. Les enfants n’ont pas eu la possibilité d’aller à l’école. Rencontrée par l’ONG Cœur, Salimata est soutenue. Aujourd’hui, comme une lionne qui protège ses petits, elle  porte le combat de plus de 200 femmes, des victimes sans voix qui meurent à petit feu : victimes de viols, d’abus sexuels, d’excisions et de mariages forcés.

Les problèmes liés à la procédure judiciaire en cas violences sexuelles

Elle finit son propos par évoquer la protection et la guérison des victimes de violences sexuelles, c’est-à-dire la répression effective des coupables de violences sexuels, le coût du certificat médical et le coût de la procédure judiciaire pour la victime. La question de la répression effective des auteurs de viol est primordiale car plusieurs victimes voient après le procès, leurs bourreaux relâchés ou écopés de peine très courte.

Cela est dû au simple fait, que le Code pénal ivoirien vieux de plusieurs années n’avait pas en son temps définit un contenu réel à l’infraction de viol. L’absence de cours d’assises pour juger les crimes de viol  conduit le juge à correctionnaliser l’infraction en « attentat à la pudeur ». Le juge, tenu de juger même en l’absence de texte,  tranche dans certains cas en défaveur de la victime.

L’un des autres problèmes, c’est la question de la preuve de viol. Le hic dans la preuve de viol c’est que « le seul témoin du viol est la victime », ce qui place les juges dans une situation très complexe. En outre pour prouver que l’on a fait l’objet de viol, il faut recourir au service des médecins qui délivreront un certificat médical. Cela n’est pas sans coût, car du centre de santé public aux cliniques privées et bien il faut débourser une somme colossale qui en décourage plusieurs victimes.

Les efforts du gouvernement

Depuis 2014, l’État ivoirien soucieux de pallier à ce problème a pris une circulaire enjoignant toutes les autorités de police à enregistrer toutes les plaintes de viol, sans obligation de fournir un certificat médical. (Il faut noter que le certificat médical n’en demeure pas moins important, et demeure l’une des preuves les plus pertinentes dans un cas de viol surtout si le certificat est fait dans les 48 h du viol).

Le juge a aussi sa partition à jouer dans la procédure pour faciliter l’acquisition des preuves pour la victime. La loi ivoirienne permet au juge, par réquisition de faire injonction aux personnels médicaux de délivrer un certificat médical dans le cadre d’une procédure judiciaire. Dans la majeure partie des cas de viol, la procédure n’est pas suivie  jusqu’au bout, la victime essaie de gérer les choses à l’amiable(souvent sous la pression des regards et de la famille). Toutefois si le procureur est saisi de l’affaire et bien la procédure suivra son cours même si la victime retirait sa plainte.

Bon à savoir

Il faut retenir en définitive que toutes formes de violence à l’égard des femmes ont des conséquences graves sur les victimes. Si vous avez une de vos proches, victime de viol, d’excision : n’hésitez pas à appeler le numéro vert 800 00 888 de la CNDHCI (Commission National Des Droits de l’Homme de Côte D’Ivoire), ou encore vous rendre dans l’un des centres sociaux les plus proches où les assistants sociaux vous guideront sur la position à adopter.

Il y a aussi la possibilité de vous rendre dans les locaux de L’AFJCI (Association des Femmes Juriste de Côte D’Ivoire) qui possède des cliniques juridiques pour répondre à ce genre de cas.

 

 

 

 

 

 

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