L’enfer de l’immigration clandestine raconté par deux rescapés

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Selon les derniers chiffres de 2017, nombreux sont les Africains, et particulièrement les Ivoiriens, à avoir quitté leurs pays pour se rendre dans les pays développés de l’Occident, aux périls de leur vie.

Koné et Aicha sont des rescapés de cette immigration clandestine. A l’occasion de la journée mondiale des réfugiés, qui a eu lieu le 20 juin 2017 à l’Institut Français, ils ont bien voulu partager leur calvaire avec nous, pour éviter que leur histoire ne se répète.

 

I- Koné, le businessman

1- Avant le voyage

Koné, jeune Ivoirien débrouillard, tenait un petit magasin dans la commune d’Adjamé. Il en était propriétaire. À l’occasion des différentes campagnes de salubrité entamées par le nouveau gouvernement ivoirien, son magasin, situé sur des bouches de canalisation, a été démoli.

Ne sachant plus quoi faire, son oisiveté l’a mené dans un périple qui lui coûtera presque la vie. L’un de ses proches l’informa de l’existence, dans la ville de Daloa, d’un réseau de passage clandestin « fiable et sûr » vers l’Occident.  Il s’engage sans mesurer réellement la portée de ce choix.

2- Sur la route de l’enfer

Il emporte avec lui la somme de 1 200 000 de FCFA et prend la route depuis Daloa pour le Niger. Arrivé au Niger, précisément dans la ville de Gades, il va vivre la misère, dépouillé de tout son argent, seul dans le désert, avec à peine 1000 FCFA en poche, des bidons d’eau et quelques morceaux de biscuit.

Aidé par un de ses ami (qui lui envoie la somme de 200 000 FCFA), il continue son chemin jusqu’à Tripoli en Libye, déterminé à traverser la mer pour l’Italie.

Logé au ‘’foyer’’ en bordure de mer, lieu clandestin où sont dissimulés les candidats (de différentes nationalités, des Africains) de la traversée clandestine et marine. Il y passera plusieurs jours en attente du grand jour.

Cette petite pause ne sera pas de longue durée puisque la police libyenne y débarquera pour arroser la foule de leurs munitions surchauffées par les armes.

Plusieurs y perdront la vie ces jours-là, certains seront emprisonnés. Parmi ses amis, plusieurs recevront des balles dans leur corps. Un véritable enfer.

Il finit en déclarant : « je ne souhaite à personne, même à mon ennemi, de vivre ce que j’ai a vécu », car « même si c’est gratin qu’on doit manger, mangeons, mais il ne faut pas traverser ».

Derrière la voix grave que Koné, on pouvait percevoir dans les réverbérations le regret et l’amertume.

 

II- Aicha, la jeune en quête de stabilité et de repères

 

1- Une vie de fantôme avant le départ

Le témoignage d’Aicha nous plonge dans son univers familial. En effet, Aicha a grandit au sein d’une famille nombreuse. Ainsi, elle pouvait s’absenter de chez elle pendant plusieurs jours, voir des mois sans que cela offusque, ou intéresse l’un des membres de sa famille.

Cette passivité, cette négligence au sein de la famille faisait nourrir en elle des envies de partir, d’aller à l’aventure pour découvrir un environnement autre que son quotidien sans chaleur familiale.

 

Elle passait donc, tout son temps dehors, dans les bars en compagnie de personnes peu recommandable ou de mœurs légères.

Sans aucune autorité parentale sur la tête, elle décide de suivre une de ses copines au Burkina Faso. Ainsi, elle y passera un long moment au croché de sa copine en amourette avec un occidental.

Lassé de cette vie de parasite, Mariam décida de quitter les lieux pour une autre destination. Pour la soutenir, son ami lui offre la somme de 200 000 francs.

2- La descente aux enfers

Assoiffée par la découverte de nouveaux horizons, Aicha décide de faire un peu de tourisme dans les pays voisins.

Elle commence sa visite touristique au mali puis en Mauritanie. Arrivé en Mauritanie l’argent qu’elle avait obtenu de son ami s’est évaporé face à l’immensité et à la diversité  de ses désirs.

Il ne lui restait plus un ‘’rond ‘’ en poche dans un pays dans lequel elle ne connaissait personne. Comme on le dit à Abidjan «  diplômes ça ne pourrit  pas », elle réussit à obtenir un emploi de professeur de français à Nouakchott avec un salaire plutôt bon.

Sur internet, elle fait la connaissance de correspondant qui l’incite à se rendre au Maroc. Comme aicha est Fan du show et de la vie de stars d’Hollywood, elle prend l’avion sans réfléchir, pour le Maroc. Une fois sur place son attention sur le Maroc sera détournée pour une autre destination : l’Espagne.

Sur conseil de certains de ces amis, elle décide de migrer clandestinement vers l’Espagne en passant  par la route.

Le jour du grand périple, on l’a « froissé, pliée en morceau puis déposée dans les environs du moteur d’un gros camion remorque qu’il avait « désossé » pour l’occasion. Elle devra y loger tout le temps de la traversée.

Le soleil au zénith, moteur en ébullitions, c’est une chaleur intense qui se dégage de la cachette de Aïcha. Impossible de supporter ce torrent d’enfer, elle décide de sortir malgré les menaces d’une autre clandestine de la cachette. Elle a alors été repérée à sa sortie du camion par les soldats arabes au contrôle de  la frontière.

Se prévalant d’une autre nationalité pour ne pas se faire rapatrier, Aïcha a quand même été chassée de la frontière sans traverser.

Aidé de personne de bonne volonté, elle a obtenu un peu d’argent pour revenir à Casablanca

Revenu à Casablanca la soif de notre Aïcha ne sera nullement étanchée par tous ces dangers qui lui rodent autour. Elle tente cette fois-ci de traverser par voie maritime.

À Tanger, elle monte sur un zodiaque de fortune surpeuplé d’environ 40 personnes pour traverser la méditerranée. Hélas,  Menaçant de chavirer, le zodiaque est rattrapé par les soldats de la « Guardia ».

Il faut noter en outre entre ces deux traversés qu’Aïcha en transit dans une forêt pour cet eldorado européen a été abusée sexuellement  par les gourous de la zone. Ceux-ci érigés en véritable maître des lieux couchent avec toutes les nouvelles candidates de passage dans cette forêt sans qu’elles aient la possibilité de se défendre ou de faire quoi que ce soit.

Sortie de ce cauchemar, Aïcha franchi les barrières frontalières de l’Espagne sous une pluie de pierre lancé par les soldats pour décourager les passants.

Elle sera rattrapée par un gros chien de garde de la « Guardia » alors qu’elle célébrait ses premiers pas sur le sol espagnol.

3 -l’impact de la traversée

C’est en sanglot, avec des mots à peine qui sortaient de sa bouche qu’Aïcha a fini le récit de toutes ses tentatives frauduleuses pour atteindre l’occident. Comme pour dire qu’elle porte encore et a vie les séquelles de cette traversé.

Ce sont  des gens vidés de leurs contenus qui ont témoigné, caché derrière le rideau, ils étaient incapables d’assumer leurs erreurs : celui d’avoir fui la paix et l’amour de leur patrie et  tenter la mer, ce grand vide plein d’eau qui sur la mélodie du vent balance sa rancœur et sa fureur en dévorant tout sur son passage, même l’âme des innocents.

 

 

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4 thoughts on “L’enfer de l’immigration clandestine raconté par deux rescapés

    1. hello hawa…je ne le conseillerais pas de le faire; car comme pour un viol , on en reviens jamais le même. comme je l’ai dit on est vidé de toute notre substance . il ferait mieux d’essayer d’y aller par moyens légaux et sur .sinon vous serrez en deuil . donne lui cet article a lire et discutez ensemble pour trouver d’autres alternatives.

  1. Bon vent mon frère et bonne tenue du blog. Je vous félicite pour ce travail de sensibilisation à l’endroit des compatriotes de la sous-région.

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